Publié par Dacaschu

Que faire, quand on ne peut plus rien faire ?
(Toussaint)

La route était longue et la chaleur étouffante. La conversation qui fait paraître le parcours moins long semblait s'être épuisée quand un tombeau rutilant, rehaussé d'une croix massive attira notre attention en bordure de route.

— La personne inhumée dans un si beau tombeau devait être un notable très honoré, dis-je à mon passager qui était de la région.
— Détrompez-vous, me répondit-il, c'est celui d'une personne qui, de son vivant, avait été oubliée des siens. Elle est morte loin d'eux et on l'a ramenée au village où on lui a offert cette somptueuse sépulture pour lui exprimer la considération qu'on ne lui avait pas donnée de son vivant...
— C'est bien trop tragique pour oser en rire, mais j'avoue avoir de la peine à me retenir.

Mon passager se mit à rire comme s'il voulait me mettre à l'aise. La traversée d'un village réclamait toute mon attention et le silence semblait devoir s'imposer à nouveau. En réalité, ce tombeau érigé au bord de la route, donnait à réfléchir comme s'il avait été prévu pour cela. Nous étions au fond de l'Afrique et ma première réaction fut de penser que cette tombe couverte de carrelage constituait un bon échantillon de culture africaine. Pourtant, très vite, des souvenirs d'enfance refaisaient surface. Peut-être que la chaleur me faisait aspirer à la fraîcheur de l'automne qui évoquait les cimetières fleuris du mois de novembre qui débutait. Une question d'enfant me revint à l'esprit : “Dis maman, pourquoi on met toutes ces fleurs sur les tombes ? Est-ce que les morts peuvent les voir et les sentir ?” La réponse avait été brutale : “Tu vois mon chéri, on met des fleurs quand on ne peut plus rien faire d'autre !” Je revis la vente de chrysanthèmes organisée au profit d'une association antialcoolique et j'en oubliais mon passager qui, de son côté, était aussi tout à ses pensées. Une question qui devait le préoccuper depuis un moment rompit le silence.
— À part leur bâtir de belles tombes, ne peut-on vraiment rien faire pour les morts ?
— On peut faire bien des choses. On peut honorer leur mémoire en parlant d'eux, en racontant ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont été. On peut donner leur nom à une rue ou bien donner leur prénom à un enfant.
— Ce n'est pas cela que je veux dire ! Peut-on améliorer leur sort dans l'au-delà s'il y en a un ? Par exemple dire des messes ?
— On peut, bien sûr. Mais rien ne nous permet de penser que cela ait une influence quelconque. Le seul témoignage que nous ayons sur le sort des défunts, c'est celui de la Bible. Mais ce qu'elle nous dit ne nous permet pas de penser que nous pouvons quoi que ce soit pour changer leur sort. D'après elle, l'entrée dans l'éternité ne dépend même pas de ce que nous avons fait sur la terre car si nous devions faire des bonnes oeuvres pour gagner le bonheur éternel, nous n'en ferions jamais assez !
— Alors personne ne pourra connaître le bonheur éternel ?
— Si l'on compte sur soi ou sur les autres non, effectivement. Mais il reste Dieu dont la Bible nous dit que la grâce est immense.
— Donc je peux vivre comme bon me semble sans m'occuper ni de Dieu ni de l'éternité et compter que Dieu me donnera le bonheur éternel ?
— Voyez-vous, lorsqu'on a découvert la grâce de Dieu, sa bonté, son amour, qu'on a réfléchi à tout ce qu'il a fait pour créer l'humanité et la sauver, on n'a plus du tout envie de vivre à sa guise.
Nous avions rattrapé un camion qui transportait d'énormes grumes de bois précieux. Il soulevait un tel nuage de poussière qu'il était impossible d'envisager de le dépasser. Il nous fallait prendre notre mal en patience. À quelque distance, sur une colline nous pouvions apercevoir une croix qui se détachait dans le paysage. J'allais la faire remarquer à mon passager quand ce dernier reprit la parole :
— Est-ce que c'est pour dire que l'on compte sur la grâce de Dieu qu'on met des croix sur les églises et sur les tombes ?
— Parfaitement. C'est en effet en donnant sa vie sur la croix pour l'humanité que Dieu a manifesté sa grâce de telle manière que nous pouvons être sûrs de son amour.
Un véhicule lourdement chargé arrivait en sens inverse. Son passage nous plongea dans un nuage de poussière qui mit du temps à se dissiper. Quand le paysage assez monotone reparut, on ne voyait plus la croix. La piste déroulait son interminable ruban dans la savane déserte. Mon passager s'était endormi. Il ne se réveilla que lorsque le véhicule s'immobilisa à notre arrivée. Nous étions couverts de poussière à tel point que nous avions presque la même couleur. Mais nous devions surtout être habités par la même pensée car en prenant congé de moi, il me dit :
— Je ne suis pas prêt d'oublier ce voyage et chaque fois que je verrai une croix je penserai à notre conversation. Ce qu'il me faut encore, c'est en savoir plus sur la grâce de Dieu qui peut tout quand nous ne pouvons plus rien.
Charles-Daniel Maire

“... la grâce de Dieu s'est révélée comme une source de salut pour tous les hommes. Elle nous éduque et nous amène à nous détourner de tout mépris de Dieu et à rejeter les passions des gens de ce monde. Ainsi nous pourrons mener, dans le temps présent, une vie équilibrée, juste et pleine de respect pour Dieu, en attendant que se réalise notre bienheureuse espérance : la révélation de la gloire de Jésus-Christ, notre grand Dieu et Sauveur. Il s'est livré lui-même en rançon pour nous, afin de nous délivrer de l'injustice sous toutes ses formes et de faire de nous, en nous purifiant ainsi, un peuple qui lui appartienne et qui mette toute son ardeur à accomplir des œuvres bonnes.”
Tite 2.11

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